La charpente à la Philibert, dite aussi Philiberte ou en carène, que l'on rencontre en Lozère est une variante simplifiée de la charpente inventée par l'architecte lyonnais Philibert DELORME, ou DE L'ORME, ayant vécu à la Renaissance (vers 1510/1515 - 1570).
Il apprend son métier de maçon sur le tas, dans l'entreprise de son père. Agé de 19 à 20 ans, il effectue deux séjours en Italie, où il étudie l'architecture classique. De retour en France, il se met au service du roi, qui le charge d'inspecter les navires qui se construisent dans différents ports de Normandie et de Bretagne. ll devient architecte du roi en 1548 et expérimente le type de charpente qu'il a inventé sur le château de la Muette, construit vers 1550. Son expérience de maçon lui a permis de connaître les principes de construction des cintres en bois utilisés pour supporter les claveaux des arcs en pierre au moment de leur construction.
Lors de la visite des chantiers navals, il est à même de constater comment les charpentiers de marine construisent les couples de leurs vaisseaux. En l'absence de bois présentant naturellement les courbures requises par s'adapter à la forme des carènes, il n'y a pas d'autre solution que de doubler les épaisseurs de bois qui composent les couples.
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C'est probablement la combinaison de ces deux principes qui vont amener Philibert DELORME à inventer son principe de charpente. De la première, il retient le principe de l'arc. De la deuxième, il adopte le doublage des éléments débités pour s'adapter à la forme de la courbe (fig. 1).
Après avoir construit la charpente de plusieurs ouvrages prestigieux, il publie ses "Nouvelles inventions pour bien bâtir à petits fraiz" (fig. 2).
Après la mort de Philibert Delorme, son principe de charpente sera peu employé, même s'il ne disparaît pas totalement. Il nous semble que la pression exercée par la corporation des charpentiers, très puissante sous l'Ancien Régime, a fortement contribué au déclin du système. La structure est trop économique en bois, à une époque où la charpente se vent qu mètre cube. Sa mise en oeuvre ne nécessite pas les connaissance de base en usage dans le métier de charpentier.
En inventant un principe de charpente dont la réalisation fait appel à un seul professionnel confirmé, capable de tracer la forme du comble, et à une équipe d'ouvrier dont la seule compétence se limite à débiter des planches et à tailler des mortaises, Philibert Delorme est en avance sur son temps. Il est un ingénieur, un inventeur, un homme moderne au sens noble du terme, mais il est incompris de ses contemporains et de ses successeurs.
Une poutre droite, qu'elle soit horizontale ou inclinée, peut fléchir sous le poids trop important, qu'elle est amenée à supporter. Pour s'opposer à ce genre de déformation, les charpentes des combles à versants plans sont pourvues de fermes triangulées.
| Une pièce courbe se comporte mieux. Elle est
donc plus résistante qu'une pièce droite pour une chargé donnée. Si
l'on souhaite obtenir de combles dégagés, il est donc plus judicieux
de donner une forme courbe aux versants d'une toiture (fig. 3).
Toutefois, la forme naturelle des arbres est légèrement rectiligne. Elle ne correspond donc pas au profil courbe que l'on souhaite donner au toit. Pour obtenir le résultat escompt, il convient de scier le chant des planches selon le profil voulu. |
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Avant l'avènement de la charpente en bois lamellé collé, il était pratiquement impossible de réaliser des assemblages qui permettent d'abouter deux planches tout en offrant une résistance mécanise performante. Plutôt que de mettre en cause la résistance de ses ouvrages en utilisant des assemblages trop fragiles ou d'une exécution trop complexe. Philibert Delorme prend le parti de doubler les planches d'un même arc. Il décale les joins de chaque épaisseur de planche, afin qu'en face d'un joint se trouve une épaisseur complète de planche. il obtient ainsi des fermes légères constituées de deux épaisseurs de planches accolées et placées de chant.
A l'époque où Philibert Delorme réalise ses charpentes, le fer est rare et cher. Les clous se fabriquent à la main et sont d'un prix très élevé. Si Philibert Delorme avait voulu fabriquer son type de charpente en utilisant des clous pour unir les différentes planches qui forment les arcs, son système n'aurait jamais vu le jour en raison de son coût prohibitif.
| Pour assurer la liaison des différentes planches, mais également pour unir plusieurs arc entre eux. Philibert Delorme imagine tout un système de liernes et de clavettes en bois. Les liernes prennent place dans des mortaises percées au milieu de la hauteur des planches constituant les arcs. Ces liernes comportent elles-mêmes des mortaises destinées à recevoir les clavettes taillées en forme de coin, ce qui permet de serrer l'une contre l'autre les planches d'un même arc. |
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Après la mort de son inventeur, ce type de charpente tombe pratiquement dans l'oubli. Seuls quelques rares ouvrages entre XVIème et le XVIIIème siècle sont parvenus jusqu'à nous. Il est vrai qu'aucun inventaire exhaustif n'a été effectué sur le territoire national. Par ailleurs, il s'agit d'une forme de charpente légère, et donc assez fragile si sa couverture n'est pas bien entretenue. Des exemples des XVIème, XVIIème, et XVIIIème siècles peuvent donc exister et être inconnus, tandis que d'autres ont pu disparaître sans que nous n'en ayons eu connaissance. Il faut attendre l'époque révolutionnaire, et l'importance donnée à la cavalerie dans les batailles militaires, pour que les ingénieurs du Génie se penchent avec acuité sur le problème posé par la réalisation de charpentes de grande portée, dont le volume serait totalement dégagé. Seuls les bâtiments assez larges permettent à la cavalerie de s'entraîner toute l'année., et d'être immédiatement opérationnelle. Les officiers du Génie consultent les anciens traités d'architecture. Ils redécouvrent l'ouvrage de Philibert Delorme et son principe de charpente. Un plan de charpente à la Philibert Delorme, publiée en 1800 par Monsieur G. DETOURNELLE, devient le document de référence à partir duquel seront construits la plupart des manèges élevés à l'époque du Premier Empire (fig. 4). |
Lors de notre enquête sur le terrain, nous avons évoqué cette hypothèse avec certaines personnes. Elles nous ont dit qu'effectivement, de nombreux lozériens avaient été amenés à servir dans les armées impériales. Il n'est donc pas impossible qu'après avoir participé à la reconstruction de ce type de charpente dans le Génie, ils l'aient adopté lors du retour au pays.
Cependant, l'examen des charpentes que nous avons visitées nous apprend qu'elles ont été construites bien après la fin du Premier Empire, et très vraisemblablement, entre la fin du XIXème et le début du XXème siècle.