La pose

A propos de support de couverture...

On ne peut parler de couverture sans évoquer brièvement son support. De la même façon, que pour la pierre et la lauze, on utilisait et adaptait autrefois en guise de charpente le matériau que l’on trouvait sur place. 

 Sur les causses, il n’y avait que peu ou pas d’arbres mais par contre des pierres calcaires, dont certains bancs très résistants. Aussi, rencontre-t-on des lourdes voûtes assises sur des murs épais. 

En Haute Lozère, en Aubrac, en Margeride, l’habitat rural typique valorise les ressources locales : le granit, le pin et le sapin. Vu les grands besoins de volume pour engranger les fourrages et moissons des vastes étendues cultivées, l’homme construisait de grands bâtiments avec des charpentes à entraits rehaussés avec fortes pentes de toitures. 

Dans la vallée du Lot, on rencontre encore aujourd’hui des bâtiments sur lesquels reposent des charpentes en carène de vaisseau renversée : les charpentes à la Philibert Delorme. 

En Cévennes, pays de schiste et du châtaignier, et zone de petites cultures, les bâtiments sont en général, plus petits et morcelés. Les charpentes en châtaignier massif, bien assemblées, comportent des fermes très rapprochées (1 m à 1,50 m) composés d’un tirant et de son chevalet. Le tirant est bien ancré en « queue d’aronde » dans les poutres sablières (« les jasènes ») qui reposent elles-mêmes sur les bords intérieurs des murs. Cet ensemble assure bien la liaison des murs entre eux (n’oublions pas qu’ils sont bien souvent montés en pierres sèches). Et permet une bonne répartition verticale des charges de la couverture en lauzes. Les tirants ont une portée courante de 4 m à 4,50 m. Les deux pièces du chevalet jouant en même temps le rôle de chevrons, fourchus en leur bout, enserrent la poutre faîtière (le calamon). Les chevrons intermédiaires des deux versants sont braqués les uns contre  les autres, assemblés à mi-bois sur le calamon, chacun coincé latéralement par une cheville, une entaille dans le « jasène » les bloquant à la base. Ils sont très rapprochés (30 à 40 cm d’entraxe). 

Des planches ou « douelles » sont ensuite fixées (chevilles autrefois, pointes ensuite) par travées discontinues, de façon à bien relier entre elles les différentes parties de la charpente. Sur ces douelles, de nos jours de 2,7 cm d’épaisseur, sont pointées sur les lauzes. 

Les pentes de toitures sont plutôt faibles, allant généralement de 45 à 50%. 

Pour la pose : le couvreur utilise généralement le « picou » (marteau d’un côté et pointu de l’autre), mais garde toujours le « taillant » à portée de la main. En effet, beaucoup de lauzes doivent être corrigées et refaçonnées sur le toit en fonction de chaque situation, afin de bien plaquer sur les lauzes du rang précédent. Alors tantôt il convient de retailler dans l’épaisseur du matériau, tantôt refaire un trou ou une encoche à un autre endroit… 

Les têts, les sous-têts, les couvre-joints ou lauzes d’égout

Des lauzes à plat, débordant, du mur, et de forme préalablement posées sur un mortier de chaux (sur 1, 2, voir 3 rangs) afin que l’égout du toit soit assez éloigné du mur qu’il faut protéger au maximum de l’humidité). Généralement un rang est nécessaire à partir de 3m de hauteur, 2 à partir de 5 ou 6m. 

En cévenol, ce sont les « sous-têts » qui n’ont, comme toute génoise, aucune fonction d’étanchéité. Les sous-têts peuvent être très épais et irréguliers, l’essentiel étant qu’ils soient bien alignés mais aussi profilés. Pour cela on pose d’abord un sous-têt à chaque extrémité puis on tend un cordeau qui servira de guide, les rangs sont espacés de 12 à 20 cm. Pour éviter tout porte à faux, les sous-têts doivent être assez longs afin de bien porter sur les murs (généralement de 50 cm à 80 cm de la cime). 

On trouve aussi de nombreux cas ou les sous-têts sont remplacés par des « bouquets » en bois, plus ou moins ouvragés et reliés par des douelles. Ces « bouquets » ou « corbeaux » traversent l’épaisseur des murs et sont encastrés dans la poutre sablière de la charpente dite « Jasène ». Leur section varie de 6/8 à 12/12 cm. 

C’est à ce niveau de départ de couverture qu’il conviendra de poser des crochets de support de gouttières pendantes, si la toiture doit en être équipée. On les nomme en Cévennes plus souvent chéneaux. En maçonnant le rang de sous-têts, on peut donner la légère pente dont on aura besoin la chéneau pour évacuer l’eau. L’écart entre le bord extérieur de la chéneau et l’alignement des têts doit être réduit (4 cm environ) afin d’éviter qu’elle ne soit emportée par le glissement d’un paquet de neige l’hiver. Pour des raisons d’esthétique et de longévité, la chéneau zinc sera préférée au PVC. 

Puis intervient la pose des lauzes d’égout (les « gouttiers » ou têts) qu’il convient d’incliner suffisamment car eux devront « sortir » toute l’eau de la toiture. Leur pente minimum est de 15%. On utilise la même méthode pour aligner et profiler que pour les sous-têts. Bien entendu, les joints entre têts ne doivent pas tomber sur ceux des sous-têts. Les têts doivent être larges et hauts (de 40 à 80 cm) et débordent le rang des sous-têts de 15 à 20 cm.  

La rangée suivante comporte des lauzes de deux dimensions puisque certaines doivent assurer en plus un prolongement d’étanchéité afin de couvrir les joints restants entre les têtes : ce sont les « couvre-joints ».  

Le premier rang de lauzes venant sur les têtes a la même pente que ces derniers et il est lui aussi maçonné. 

Ce n’est qu’à partir du deuxième rang en général que la lauze atteint la douelle et peut donc être pointée et voir sa pente relevée.  

Trois croquis vont nous montrer trois cas de départ de recouvrements pour des cas différents de dimensions de lauzes :  

Croquis n°1 :   

Le premier rang montre un pureau de 42 cm réparti en deux hauteurs de 21 cm pour les couvres-joints et les lauzes intermédiaires. Il laisse de 18 cm de recouvrement du têt, garantie nécessaire vue la faiblesse de la pente. Le recouvrement latéral est lui aussi important : le couvre-joint doit faire de 35 à 36 cm de large au moins, réparti en deux fois 18 cm.  Le deuxième rang, en lauzes de 50 pointées à la douelle, avec un pureau de 36 cm réparti en deux hauteurs de 18 cm, laisse 18 cm de recouvrement sur les couvres-joints et lauzes intermédiaires. Sa pente augmente, son recouvrement par le troisième rang laissera 14 cm soit 9 cm sur la ointe. Deux des lauzes intermédiaires du premier rang étant trop étroites, on ne peut pas « couper » dessus, et elles sont donc entrejambées par les lauzes du deuxième rang.  

Croquis n°2 :   

Les têts étant plus courts que dans l'exemple précédent (40 cm au lieu de 60 cm), le pureau de premier rang est de 22 cm répartis en deux hauteurs de 11 cm. Il laisse toujours 18 cm de recouvrement du têt. Le recouvrement latéral minimum reste également de 18 cm.

Si le mur est large, on risque dans ce cas d'être obligés de maçonner le deuxième rang de lauzes de 50 avant "d'attraper" la douelle. Il aura un pureau de 32 cm réparti en une hauteur de 18 puis une de 14 en prévision de la diminution qu'impose le rang suivant pour lequel on a des lauzes de 45 cm.

Croquis n°3 : 

Une autre solution est parfois adoptée quant on ne dispose pas de couvre-joints assez longs : on les remplace en glissant sous et entre les joints des têts une lauze fine, de la même longueur que le têt, appelée "saube" (car elle sauve d'un mauvais passage). Le premier rang de lauzes est alors aligné comme "les lauzes intermédiaires" du cas précédent.

Généralement, les vieux toits présentent un coyau (c'est-à-dire une faible pente à l’égout) sur mur ou bouquets, dont l’inclinaison (de 15 à 28%) se règle par rapport à celle de la charpente. Il est plus ou moins marqué selon l’épaisseur du mur, l’importance de la génoise, mais sa largeur est aussi fonction du choix en grandes lauzes dont disposera le couvreur car il faut dans ce cas compenser la faiblesse de la pente par de bons recouvrements. Le coyau ralentit l’eau en bas du toit, e sert de butée aux lauzes de la partie supérieure. Il peut mesurer de 20 cm à 1 m. L’attaque de la pente du toit est plus ou moins progressive et adoucie. Plus la pente d’un toit sera forte, et plus l’aspect du coyau tranchera dans son profil. 

Plus récent et moderne est le débord de charpente suivant la pente du toit. Il n’y a alors pas de coyau ou alors très faible et court, le têt étant simplement relevé par un liteau ou un chevron (fig. 5). 

Une des choses la plus délicate est bien le démarrage de la couverture. Pour cela il est bon de présente, de calculer, faire une maquette, avant de se lancer. La question est de déterminer à quel niveau démarrer le (ou les) rang de « sous-têts », de l’épaisseur du mortier de liaison, du niveau d’arase du mur, de la longueur et de l’inclinaison que l’on veut donner au coyau, de la pente de la charpente et de son point d’arrivée sur le mur. Tant que l’on n’atteint pas la douelle, les rangs de lauzes doivent être maçonnés. 

Si l’on commence trop bas, le rang de lauzes qui atteindra la douelle sera trop pentu et le rang et le rang suivant « baillera » de devant une fois fixé. En effet, la cime des lauzes, en sous-face, doit toujours être en contact avec la douelle. Si l’on part trop haut, le coyau s’allongera à l’excès tout en réduisant la pente, ou n’en finira plus avant d’atteindre la douelle, à moins d’avoir beaucoup de lauzes bien longues ( ce qui est rare…). En quittant le coyau pour attraper la pente du toit, la transition étant plus ou moins progressive, il faut penser à caler avec les « rèples » (déchets de lauzes) les lauzes qui auraient trop de porte à faux.  

Pathologie des coyaux


1- Lauze génoise à plat
2- Lauze d'égout
3- Lauze de couvre joints avec lauzes intercalaires


Détail d'un coyau, sablière 20 x 20

La toiture courante

Vient ensuite le montage successif des rangées de lauze, avec une longueur de lauze et un pureau décroissants à mesure que l’on monte du « têt » vers le faîtage (20 à 25 cm en bas, 6 à 10 cm en haut). Tant au cours de l’étape précédente que pour celle-ci, il est conseillé d’avoir un grand choix de lauzes, et donc bien plus que ce qu’il n’en faut pour faire le toit. Car telle lauze ne trouvera pas sa place dans 1, 2 ou 3 rangées, mais par contre sera la bienvenue au milieu de la 4ème. Telle autre se brisera en la retouchant, telle autre jugée bonne à la taille paraîtra finalement trop biscornue ou douteuse en la en la posant. Telle autre, tout simplement, ne trouvera pas sa place sur ce toit… Le couvreur doit sans cesse veiller à ce que le recouvrement des lauzes des rangées de dessous soit suffisant, tant en hauteur que latéralement (la largeur de chacune étant variable, on peut jouer de façon à ce que les joins précédents soient largement dépassés).  A la fois pour éviter de déséquilibrer la charpente et afin d’utiliser de manière égale pour chaque côté les catégories successives de lauzes, il est impératif de faire suivre les deux versants du toit à la fois, tranche par tranche.  

Le souci constant du couvreur doit être que chaque lauze (malgré ses imperfections, ses bosses, ses mailles…) pour vocation de « SORTIR DE L’EAU ». Il faut faire attention à chaque lauze, à la manière dont elle sort l’eau sur les précédentes. Il faut en fait considérer que l’on travaille sur plusieurs rangs à la fois et que rien n’est automatique : en posant les lauzes de la rangée « x », on doit avoir conscience que l’on couvre les lauzes du rang « x-1 », et la cime avec l’alignement plus ou moins régulier des trous de fixation du rand « x-2 ». Non seulement le couvreur doit s’assurer du bon écoulement et du bon état du matériau posé, mais il faut penser aussi à lui donner un profil qui ne gêne pas lors de la mise en place du rang suivant x+1, jongler avec la largeur des lauzes sans que cela rende la situation impossible en x+1 en fonction du choix restant pour telle catégorie. 

Autant le pureau que le recouvrement latéral entre les lauzes doivent s’apprécier en fonction :
- du pourcentage de la pente, et donc de la rapidité que met l’eau pour s’écouler ;
-
de la longueur de la pente, et donc du volume pouvant se retrouver en bas du toit.
- de la position où l'on se trouve à la fois par rapport à la longueur de la pente et la catégorie des lauzes utilisées ; 
- de la texture des lauzes que l'on emploie (l'eau glisse dessus plus ou moins facilement, plus ou moins rapidement).

A mesure que la couverture avance, on prend les lauzes plus courtes . Lorsqu'en débutant une rangée on décide de changer de catégorie on garde le même recouvrement (la "size") que pour le rang précédent. On ne diminuera la size en proportion qu'à la rangée suivante. Pour expliquer, il faut un exemple : pour des lauzes de 35 (de 32,5 à 37,5), la size sur un toit à 45% sera de 13. Si on passe à la catégorie des 30 (de 27,5 à 32,5) elle sera de 10,5. Si l'on réduit tout de suite le pureau de 2,5 cm, non seulement ils seront "gaspillés" (trop de recouvrement, vu que les rangs précédents permettent de prendre encore 14) mais en plus les nouvelles lauzes, plus courtes, auront d'autant plus de mal à toucher la douelle. Alors qu'en maintenant le même pureau, on garde ce contact et cela permet une bonne transition pour la rangée suivante. Les sizes doivent être appréciés pour chaque toit en fonction de la pente qui a été donné.

Un autre mode de pose, plus rigoureux et s'adaptant à un classement de 2 cm en 2 cm pour des lauzes à talons délignés, est de tirer un trait de cordex en haut et en bas du rang à poser, les lauzes venant s'ajuster entre ces deux traits : 

- Prenons l'exemple au démarrage d'un toit, avec des têts de 45 cm et des couvre-joints de 60 cm. Nous gardons 18 cm de recouvrement sur les têts, la pente du coyau -nous l'avons vu- étant faible. 45 cm - 18 cm = 27 cm, soit un pureau de 13 cm pour le premier rang de lauzes intermédiaires entre les couvre-joints  et lauzes intermédiaires et à 50 cm sous ce trait : on a ainsi les alignements haut et bas de notre deuxième rang.

- Le deuxième rang va être en lauzes de  50 cm. La longueur des couvre-joints diminuée des 2 pureaux successifs de 13,5 cm et du recouvrement de 18 cm nous donne la hauteur à monter par rapport au talon des couvre-joints, soit 60 - 13,5 - 13,5 - 18 = 15 cm. On trace donc un trait à 15 cm sur le talon des couvre-joints et lauzes intermédiaires et à 50 cm sous ce trait : on a ainsi les alignements haut et bas de notre deuxième rang.

- Pour le troisième rang, en lauzes de 50 également, on va conserver le recouvrement de 18 cm pour bien protéger le coyau. On y additionne la hauteur précédemment montée sur les talons, soit 15 cm : 15 + 18 = 33 cm. Pour aller à 50 cm, il reste 17 cm. On va donc tracer le trait du troisième rang à 17 cm sur le trait haut précédent correspondant au talon des lauzes du deuxième rang, et le trait bas à 50 cm en dessous.

- Le quatrième rang va être en lauzes de 48 cm. On a commencé "d'attraper" la pente du toit, aussi diminue-t-on le recouvrement en le portant à 16 cm. On y additionne la hauteur précédemment montée soit 17 cm : 17 + 16 = 33 cm. Pour aller à 48, il reste 15 cm. On tracera le trait haut du quatrième rang à 15 cm en dessous du précédent, et le trait bas à 48 cm en dessous.

Selon leur forme et leur épaisseur, les lauzes doivent trouver une place bien spécifique. Il faut veiller à ce qu'elles ne s'afflatent de devant. Pour ne pas qu'elles relèvent trop au contact de la douelle (ce qui risquerait d'en écarter les rangées suivantes), il faut plus souvent les "estouvher" (les amincir à la tête). Parfois on doit réduire une bosse (on la "ploume") ou bien il faut les réduire en largeur (les "estroitiser").

Chaque rangée doit se niveler le mieux possible. Les lauzes doivent se profiler entre elles, sinon celle de la rangée suivante porteraient mal (elles "bambéqueront").

Si une lauze aux formes biscornues risque de mal sortir l'eau, on glissera en superposition, à l'endroit douteux, afin de sauver la situation, une lauze très fine et régulière, une "saube".

Et puis il faut aussi surveiller le profil général, tant des rangs se couverture que l'on vient réaliser que de la charpente qui présente parfois des creux et bosses, on choisit une plus fine...

Lorsqu'on change de catégorie, les lauzes sont non seulement plus courtes mais aussi moins larges. On compense alors en posant des lauzes étroites ("les cougnets") au milieu des lauzes plus larges de la rangée précédente.

Actuellement, on aligne les rangées d'un coup de cordeau. Autrefois, on mettait une ficelle avec, pour la tendre, deux lauzes pendantes de chaque côté du tout ("les renards").

Les rangs de rattrapage

Bien souvent les veilles maisons n'ont pas une forme régulière. On le retrouve en toiture par des rampants présentant des différences parfois importantes d'un bout à l'autre du bâtiment. Cela pose un problème en couverture, un côté atteignant le faîtage plus vite que l'autre.

Une solution est d'intercaler au cours de la pose, pour compenser, un ou plusieurs "rangs morts" de lauzes afin de rattraper la différence. Ce sont des rangs incomplets, s'arrêtant vers le milieu du toit et "mourant" avec des lauzes de plus en plus fines que pour l'arrivée de la rangée suivante ne fasse pas bosse en les surchargeant.

Mais le système le plus fiable et élégant est celui du rattrapage progressif qui va être réparti sur plusieurs rangées.

Voici un exemple de principe pour une largeur de rampant à rattraper de 15 cm. Nous prenons le système de pose avec classement des lauzes de 2 cm en 2 cm et talons délignés. Les traits haut et bas nous permettront de mieux gérer les deux ou trois catégories différentes de lauzes avec lesquelles il va falloir jongler sur un même rang. On peut déjà gagner sur les têts et couvre-joints bien que leur débord reste parallèle aux sous-têts ou au mur.

Rang Trait haut, Côté A Trait haut, Côté B Cm rattrapés
Têts 45 50
n°1 (couvre-joints et lauzes intermédiaires) 60 65 5
n°2 15 17 2
n°3 15 15
n°4 12 15 3
n°5 15 15
n°6 12 15 3
n°7 15 15
n°8 13 15 2
n°9 15 15
 Total : 15 cm

Il est ainsi possible de rattraper des largeurs importantes que l'on peut répartir tout au long du montage du toit.

Les cimous

Des lauzes de rives ou "cimous" sont posées au fur et à mesure du montage des rangs de lauzes et bénéficient d'une taille spéciale : arrondis côté toit, angulaire côté pignon et suivant l'alignement de celui-ci (peu de veilles bâtisses ont leurs murs d'équerre !). De plus, au-dessus de cet angle, la partie recouverte par le cimous suivant est retaillée en angle biais vers le mur, éclats de taille en dessous, ce qui permet aux ruissellements éventuels, rejetés vers l'extérieur, de ne pas venir mouiller le mur, tout en donnant vu du sol le meilleur effet esthétique (à condition de respecter pour chaque rive un angle d'ouverture à peu près constant).

La méthode traditionnelle veut que le cimous soit posé à bain de mortier de chaux sur la tête du mur tout en étant pointé, lorsqu'il est assez large, et que l'approche de la douelle le permet. On s'aperçoit en fait que l'idéal est d'approcher la douelle le plus possible du bord du pignon, et de poser les cimous à sec, en les tenant par deux pointes afin de bloquer un possible balan latéral (il faut penser à la prise au vent en bord de toit). Lorsque les cimous sont scellés au au mortier, toute intervention ultérieure est alors difficile. Par ailleurs le mortier empêche la lauze de bien respirer, et elles se dégrade plus rapidement.

Dans le cas d'un débord de charpente le cimous est tout simplement pointé, en plusieurs endroits si possible. En interposant une cimous bien large toutes les deux ou trois rangées, on permet une bonne liaison entre la tête du mur pignon et la charpente.

Tant une bonne fixation que les largeur bien réparties permettent de contrer la prise au vent. Une ficelle tendue entre le premier têt et un liteau débordant du faîtage permettra de respecter un alignement. Le débord des cimous peut varier de 15 à 20 cm. Leur largeur courante de 20 à 80 cm. Mais quand on en dispose, il est possible de poser des lauzes de rives de 100 à 140 cm de large.

Dans certains cas, lorsque l'on veut spécialement soigner et protéger un pignon exposé au sud 'ou parce qu'il se trouve très haut perché), on peut à l'instar des "sous-têts", commencer par faire sous le niveau des cimous, 1 ou 2 rangs de génoise composé(s) d'épaisses lauzes de forme rectangulaire bien ancrées sur la tête de mur et scellées bord à bord au mortier.

La fixation des lauzes de courrant

Les lauzes sont clouées à l'aide de pointes dont la longueur  et le diamètre varient en fonction des lauzes employées (et donc en fonction de leur épaisseur et de leurs poids).

On démarre en général avec des pointes de 7 cm de long, on finit avec des 5 cm.

Il faut bien entendu adapter la fixation en fonction de la pente du toit (plus celle-ci est forte, plus la lauze tirera sur un clou).

Ainsi, selon sa largeur et son poids une lauze pourra être percée et clouée en 1, 2, voire 3 endroits, ou bien aussi recevoir plusieurs pointes dans le même trou.

Autrefois, les couvreurs avaient des clous forgés. L'inconvénient est qu'ils rouillaient et devenaient vite cassants surtout au contact du tanin lorsque la douelle était comme souvent en Cévennes, réalisée en châtaigner.

Encore plus anciennes elles étaient les fixations par chevilles sur la douelle, quel travail ?

Actuellement, on utilise des clous galvanisés, mais malgré cela, le tanin arrive à les faire rouiller. L'idéal serait de généraliser la pointe inox, mais son prix n'y encourage pas.

Autrefois, sous les toits à faible pente des Cévennes, les lauzes étaient souvent simplement calées avec des "rèples" (éclats de schiste provenant de la taille) ou de la terre (très bon isolant lors des tourmentes) selon le même principe que les lauzes calcaires sur les voûtes caussenardes

La sarrade

Le faîtage dit "sarrade", peut-être exécuté de trois façons : 

- le faîtage à plat : Si le toit à une faible pente, on pose un rand de grandes lauzes recouvrant chaque côté de 15 cm au moins, et penchant légèrement vers le midi (provenance des fortes et dominantes pluies). On les scelle au mortier de chaux. une lauze en guise de couvre-joint assure l'étanchéité entre chaque faîtière.

- le faîtage en lignolet : Si le toit à une forte pente, il est difficile de maintenir à son faîtage des pierres à plat. On taille donc les lauzes de manière à pouvoir les encocher entre elles et on les fait pendre alternativement d'un côté et de l'autre du toit, c'est la faîtage en "lignolet", véritable dorsale de diplodocus. 

Dans ces deux premiers cas, on peut -par sécurité- poser auparavant une bande de feutre bitumé de 15 à 16 cm de large.

La sous-toiture

Actuellement on peut utiliser un feutre, avant la couverture, qui peut être agrafé directement sur la douelle ou tenu par des liteaux que l'on observe au fur et à mesure que les lauzes sont mise en place. Pour être efficace, il doit aboutir au niveau du premier rang de lauzes venant sur ensemble têts et couvre-joints. Par ailleurs, il est nécessaire à chaque nouvelle bande de la faire aboutir sur le rang de lauzes correspondant.

Il présente trois avantages :

- il bâche la charpente -la maison !- du temps des travaux de couverture,
- il empêche la poussière (provenant principalement du calage des lauzes) de passer entre les douelles qui ne sont pas parfaitement jointives, ce qui est important dans le cas d'une charpente restant apparente,
- il assure l'évacuation de l'eau dans des cas exceptionnels ou avant des réparations.
- il sert de brise-vent et évite les courant d'air intérieur.

Par exemple, une lauze peut se détacher et glisser un jour de grand vent, être cassée par une branche tombant sur le toit, ou encore par une chèvre si celui-ci est trop facilement accessible... une tempête inhabituelle peut en certains endroits refluer l'eau plus haut que prévu sur les toits de faible pente ou (et) sur des versants exposés à la "cire" (neige fine projetée à l'horizontale par des vents violents et tourbillonnants).

Il présente néanmoins un inconvénient, le jour où survient une gouttière, il est parfois plus difficile de localiser l'endroit exact d'ou elle vient.

Recommandations : il faut utiliser un feutre qui soit poreux, afin d'éviter que la condensation qui se forme en sous-face ne pourrisse la douelle à la longue) (Surtout pas de feutre imperméable qui empêcherait toute respiration de la charpente). Le feutre s'il peut être de bon secours et pratique et pratique, ne doit en aucun cas être considéré comme un élément d'étanchéité sérieux. Ce sont les lauzes, -dont il n'a de toute façon pas la longévité- qui doit assurer l'étanchéité de la toiture. aussi doivent-elles toujours être de bonne qualité et posées comme si aucune sécurité n'existait dessous, c'est à dire avec de bons recouvrements et dans les règles de l'art.

Les noues

Définition : lignes de raccordement des toitures de deux ailes de bâtiments se rencontrant, et que l'on appelle localement "capes" peuvent être traités de deux manières : 

- méthode traditionnelle : les lauzes doivent être larges de préférence, et taillées spécialement car  devant être plus évasées dans leur partie haute. Pour compenser l'angle vif au contact des deux charpentes, on peut utiliser soit du remblais sur lequel les lauzes seront calées, soit afin de pouvoir les pointer, des douelles fixées dans le sens de la longueur : afin d'arrondir l'angle progressivement, les douelles seront amincies à la hache au niveau du départ de l'arrondi, puis calées en son centre. En triant et taillant le stock de lauzes, le couvreur a soin, dans le cas de chanter de couverture avec "cape" de mettre de côté les lauzes dont le dessus fait naturellement cuvette dans le sens de la longueur.

Ces lauzes permettront de mieux drainer l'eau car n'oublions pas que la cape est un point délicat qui rassemble les eaux de deux versants de toiture. De chaque côté de la cape, le rang de lauzes amorce le virage en douceur, tourne régulièrement sans faire d'angle vif. Le couvreur veillera à garder un bon profil longitudinal. La courbe ainsi réalisée donne un aspect très harmonieux à la toiture.

Cependant sur le plan technique ce travail est difficile, long à mettre en oeuvre, et donc plus coûteux. Aussi la méthode qui suit est-elle plus souvent utilisée.

- méthode moderne : une feuille de zinc (N14-80) ou de plomb (2 mm) prend la forme de l'angle vif de la charpente. Généralement, la feuille de zinc ou de plomb est coupée en deux dans le sens de la longueur, soit 50 cm de long. En raison de la condensation importante sous ces matériaux, un feutre est posé préalablement sur la douelle afin de la préserver. Dans le cas où celle-ci est en châtaignier, le feutre permettra également de protéger la noue métalliques des attaques du tanin. Un liteau parallèle à la noue est fixé de chaque côté sur la douelle, à la limite de la bande de zinc ou de plomb qui par sécurité, peut finir en relevé sur-le-champ de ce même liteau. Le liteau servira d'appui inférieur aux lauzes qui le recouvriront et devront être taillées en angle biais, toujours parallèlement à la noue.

Le cordeau placé de chaque côté permettra l'alignement des lauzes. Il est recommandé de laisser un espace fini de 10 à 15 cm entre les deux versants de lauzes. Dans le cas où l'espace fini est plus important l'aspect métallique coupe trop l'esthétique de la couverture. si l'espace est moins important, -voire si les deux versants de lauzes arrivent bord à bord- l'entretien de la couverture devient très difficile à effectuer. (Il faut pouvoir passe la main dans la noue pour la nettoyer des feuilles et poussières amenées par le vent, mais aussi pouvoir la contrôler ou la réparer en cas de fuite, de détérioration d'un élément métallique, etc...).

Cette mise en oeuvre est donc beaucoup moins délicate que la précédente, plus rapide est moins coûteuse

Les cheminées

Elles doivent faire l'objet de soins rigoureux au niveau de leur étanchéité. Et d'autant plus si elles se trouvent en bas d'un toit. Partons généralement d'un conduit en boisseaux alvéolaires en terre cuite, montés au mortier bâtard. deux cas se présentent : 

- Conduit simple : par économie la cheminée sera tout simplement enduite. Son étanchéité va être exécutée au fur et à mesure que la couverture l'aborde. une plieuse de chantier est l'outil idéal pour adapter les différents élément sen zinc. une bavette avec deux équerres soudées pour les retours va d'abord recouvrir le rang de lauzes arrivant en partie basse du conduit.

Ensuite, latéralement, à chaque rang de lauzes va correspondre une équerre qui peut être pointée en partie haute à la douelle et s'emboîte en partie basse sur l'équerre précédente. Son côté est plus étroit en bas qu'en haut et doit suivre un profil régulier, parallèle au plan des lauzes. Elle est de même longueur que la catégorie des lauzes en cours.

L'expérience prouve que si l'on remplace les équerres accompagnant successivement chaque rang de lauzes par un seul couloir en zinc, mes talons des lauzes venant s'appuyer dans celui-ci créent de petits barrages qui, lors de fortes pluies, finissent par conduire de l'eau par la sous-face des lauzes vers la charpente.

Enfin en arrivant en haut du conduit, la cuvette avec ses deux rejets latéraux soudés va être calée sur les dernières lauzes et emboîtée sur les deux équerres supérieures.


Les lauzes recouvrent chaque fois les équerrent, mais ne doivent pas en toucher la partie verticale (laisser 5 cm environ afin de pouvoir, lors d'un entretien du toit, passer la main et nettoyer les feuilles ou autres saletés pouvant s'être accumulées). Cette partie d'étanchéité se trouve donc porté  sur la charpente. Vient alors le moment de faire les noquets par longueur de 1 m qui viendront recouvrir les équerres en étant, eux, fixés à la cheminée. On les fait tenir en les collant par un joint souple à la pompe. au préalable on a pratiqué des entailles dans leur partie haute afin que l'enduit les accroche à son tour. Leur rôle est de renvoyer dans les équerres les eaux ruisselant le long du conduit.

Un espace "e" entre les ourlets de l'ensemble bavette/équerres/cuvette et ceux des noquets de conduit permettra un jeu différentiel entre la charpente (toujours soumise à certains fléchissements) et le conduit (plus rigide et soumis comme les murs à des pressions verticales). Si cet espace tampon n'existe pas, le moindre tassement de la charpente entraînera la fissuration de l'enduit au dessus du noquet, voire même l'arrachement de celui-ci. L'enduit qui est réalisé sur les parois du conduit vient accrocher et s'appuyer sur les noquets. il peut se renfler à hauteur des noquets jusqu'à 3 cm d'épaisseur. l'ensemble bavette/équerre/cuvette est à réaliser en zinc N14-80. Les noquets eux, peuvent être en zinc N12-65. Le principe est le même pour une étanchéité au plomb (utiliser du 2 mm, ou du 1,5 mm au minimum). Cette technique est l même que l'on devra appliquer pour des solins cintre murs d'adossement.

- Conduit habillé en pierres : on coule autour des boisseaux une dallette béton armé de 15 à 20 cm de large pour amarrer le conduit au mur (que ce soit au pignon ou en bas de toit) et en guise de socle pour le parement en pierres. un feutre intercalé entre le boisseau et le béton permettra au conduit de se dilater. Selon l'importance de la cheminée (sa section) et sa hauteur, il peut être utile de prolonger le béton dans l'épaisseur du mur afin de créer un contrepoids  au porte-à-faux de la maçonnerie de l'habillage sur la charpente. Bien souvent le chevêtre entourant la cheminée et respectant la garde au feu entre la charpente et les boisseaux (rappelons qu'elle est de 16 cm) en partant de l'intérieur du boisseau) sert d'appui au coffrage de la dallette qui peut dépasser de la charpente d'environ 15 cm. Le dessous de la dallette suivra le rampant du toit, alors que le dessus sera façonnée en escalier afin de pouvoir accrocher la bâtisse de l'habillage en pierres sur des parties planes. Vient ensuite l'étanchéité de souche qui va être réalisée comme dans le cas précédent, l'enduit étant remplacé par un bourrelet de mortier de 12 cm de hauteur environ. on bâtit alors les pierres, bien liées et jointes au mortier bâtard (la maçonnerie n'étant pas large), en ayant soin de bien tailler les angles.

Afin de rejeter hors du conduit l'eau qui peut s'accumuler entre les pierres et ruisseler contre le boisseau, une étanchéité en calendrite aluminée va être collée aux boisseaux et venir s'écouler sur les lauzes de rejet qu'il convient d'installer au dessus des noquets sur un plan horizontal, légèrement penchées vers l'extérieur de la bâtisse, et se superposant à mesure que la maçonnerie remonte les rampants du toit.

Lorsque la maçonnerie arrive au niveau supérieur du conduit, on la couronne à nouveau par des lauzes de rejet sur lesquelles sont scellées les quilles qu chapeau. Les quilles sont soit des pierres taillées toutes à la même hauteur (entre 15 et 20 cm) soit des petites lauzes taillées en arrondi que l'on empile au mortier. Une grande lauze débordant légèrement la maçonnerie vient souligner la finition de l'ensemble. Si l'on ne trouve pas de lauze assez grande pour couvrir l'ensemble, on pose une plus réduite à plat, et qui servira de support à un petit toit en lauzes.